L'urgence c'est la pédagogie!
Je suis atterré par le manque de culture économique de mes concitoyens. Non pas tant que je me hausserais du col et les contemplerais avec suffisance, mais parce que je trouve criminel pour notre société de ne pas utiliser les moyens de communication qui n’ont jamais été si nombreux et efficaces pour l’instruire du minimum de connaissances qui lui permettraient d’affronter efficacement les moments économiquement délicats que nous traversons.
Certes il faut du talent pour construire des émissions de télévision, de radio, pour rédiger des articles qui apprendraient les rudiments du système économique dans lequel nous vivons sans lasser les foules. Mais il faut aussi et surtout une volonté politique d’airain. Je crains que ceux qui sont concernés n’aient ni l’un ni l’autre, et de cela j’en rage.
Pourtant je vous fiche mon billet que les bénéfices qu’en retireraient à la fois nos politiques et nos faiseurs d’opinion seraient historiques. Bien sûr il s’agit d’un investissement à long terme que les sondages d’opinion et les calculs d’audience ne valideraient pas, eux qui ne mesurent qu’à court terme, mais c’est de fait, le seul véritable moyen pour justifier et faire adhérer aux changements permanents auxquels nous devons faire face. J’emploie à dessein cette expression plutôt que celle galvaudée de réforme, car ce mot fourre-tout me semble inapproprié et même trompeur : la vie est une réforme permanente, pas un instant de la notre n’est identique au précédent, comment voudrions-nous qu’il en soit autrement dans notre société qui n’est qu’une addition de nos individualités.
Prenons un exemple précis.
La croissance n’est pas au rendez-vous, les gourous internationaux de Greenspan à DSK crient au feu, notre Président ne sait plus comment faire pour qu’on ne l’accuse pas de ne pas tenir d’imprudentes promesses, l’opposition s’oppose sans proposer, tous les mécontentements se disent tout haut…, franchement, on se croirait au café du commerce ! Alors on convoque pêle-mêle la crise de 29, le spectre de l’inflation, les noirs desseins des spéculateurs, les perversités du capitalisme, le péril économique jaune que l’on mélange allègrement avec des débats de société pas plus actuels qu’injustifiés au demeurant. Pourtant ne serait-il pas plus efficace d’expliquer ce qui se passe avec le calme de l’analyste et la sérénité du responsable ?
Or par exemple nous ne sommes pas dans la configuration de 1929. Les analyses de l’OCDE que l’on peut qualifier de réalistes, montrent que l’outil économique continue de fonctionner correctement et si besoin était il suffirait de s’intéresser aux résultats des grands groupes mondiaux pour écarter le spectre de 29. En revanche le système financier est « à la ramasse » parce qu’il ne joue plus son rôle depuis une dizaine d’années et s’est mis à jouer au casino. Wall Street est devenu Las Vegas. Les sommes en jeu sont considérables et sans commune mesure avec ce que l’on a connu jusqu’à présent mais il est depuis bien longtemps devenu « too big to fail » et s’il le faut les États le sauveront. Oui cela se fera sur le dos des contribuables, oui la croissance va s’en ressentir pour un, deux ans, peut-être plus et les plus démunis vont trinquer. En cela on est effectivement dans la situation sociale de 29, mais économiquement non. Or cela implique des mesures spécifiques au traitement social de la situation et non pas économique. La purge du système financier va se ressentir dans une contraction du crédit, mais est-ce le mal absolu ? On va devoir revenir à une régulation plus stricte des activités des banques, et alors ? Qui se souvient encore du gouffre dans lequel était tombé le Crédit Lyonnais ? Les contribuables ont payé ! Certes c'est immoral, douloureux, injuste, mais est-ce donc si essentiel de regretter ce « bon vieux temps » ?
Seulement voilà, expliquer tous les mécanismes qui entrent en jeu dans ces phénomènes ne fait pas partie de l’agenda des politiques et des animateurs du cirque médiatique : trop ennuyeux et pour être encore plus clair: impossible, car ils n’ont pas les connaissances nécessaires, je suis convaincu qu’une large majorité d’entre eux ne comprend même pas ce qui se passe vraiment et en tout cas serait incapable de l'expliquer clairement et de façon documentée.
Sauf que ce travail de pédagogie que j’appelle de mes vœux serait une avancée sociale majeure qui mobiliserait les énergies de nos concitoyens dans le bon sens et non pas dans la paranoïa destructrice qui nous envahi. Allez Monsieur le Président, vous qui prenez des initiatives tonitruantes parfois, prenez celle de décréter la culture économique comme Grande Cause Nationale. Vous subirez pendant quelques temps les quolibets des journaleux incultes et affolés de leur incompétence, vous prendrez une volée de bois vert d’une opposition prise à contrepied qui a tout intérêt à laisser le bon peuple dans l’ignorance pour mieux le manipuler, mais vous inscrirez votre nom dans l’Histoire de France comme celui qui a eu le courage d’apprendre aux français à conjurer leurs peurs par le savoir.






