Eléments de décodage de la crise boursière de Janvier 2008
J’en rage même si je sais que cela ne sert à rien mais la semaine dernière j’avais écrit un long (comme le plus souvent) billet sur la crise des marchés financiers. Il contenait – sans que je puisse évidemment le savoir – tous les ingrédients qui, DE MON POINT DE VUE, ont probablement épicé la sauce au piment de Cayenne (espérons que le trader en cause n’y sera pas envoyé) que l’on a renversée sur l’affaire de la Société Générale (dont je traiterai dans le prochain billet). Un petit génie des montagnes m’a fait commettre une erreur de débutant qui a effacé ce texte.
Mais revenons sur ce que j’écrivais. En gros je disais que les secousses qui affolent les marchés n’avaient que peu à voir avec la situation économique mondiale. Certes on craint une récession aux États-Unis, mais cette situation n’est pas franchement inédite souvenons-nous de l’avant et de l’après « 9/11 » moins d’un an après on n’en parlait plus. Certes le baril a franchi les 100$ ; mais il est actuellement autour de 88/90$ le baril (tiens au fait messieurs les pompistes faudrait voir à réagir !). Certes, certes… Ah mais bien sûr ! Les « subprimes » ! Voilà les coupables !
Eh bien au risque de passer pour un cuistre, je prétends que les causes profondes de la crise des marchés des premiers jours de 2008 prennent leurs racines dans deux dogmes beaucoup plus anciens et qui ont été édictés dans un louable souci de prudence pour le premier (mais on le sait : l’enfer est pavé de bonnes intentions si l’on en croit le proverbe dont l’origine est attribuée à Saint Bernard comme le savent tous les castellarois) et un souci moins louable de rentabilité pour le second.
Le premier dogme est celui du Ratio Cooke consécutif aux premiers accords de Bâle ; il a été renforcé par le ratio McDonough lors de Bâle II . Ces ratios ont pour effet entre autres de déterminer la quantité nécessaire de fonds propres qu’une banque doit posséder lorsqu’elle consent tel ou tel crédit.
Le second dogme est celui du retour sur investissement (RSI en français ROI en anglais) « cible » de 15% sur la fixation duquel je n’ai jamais trouvé de justification scientifiquement étayée et qui est pourtant le motif d’un nombre incalculable de décisions de management.
Point n’est besoin d’avoir fait HEC pour comprendre le lien entre les deux : chaque fois qu’une banque fait une opération, elle doit pour satisfaire ses actionnaires réaliser un RSI de 15% minimum.
Comme c’est relativement difficile pour bon nombre d’opérations courantes il faut impérativement trouver les moyens de faire plus sur d’autres. Et c’est là que je mêle mon expérience personnelle seule justification de ce que j’écris.
J’ai dirigé de nombreuses succursales ou filiales d’une grande banque d’affaires. Au début de ma carrière j’étais un besogneux, le nez toujours enfoui dans des bilans et surtout des comptes d’exploitation et lorsque je le levais c’était pour visiter des fabriques de yaourts, des élevages de poussins d’un jour, des usines de siège pour auto, de réacteurs d’avion, de téléviseurs et même des chantiers naval gigantesques… Pour consentir un crédit ou faire une opération sophistiquée ça demandait donc beaucoup de temps. Un jour j’ai vu débarquer un jeune polytechnicien accompagné d’un ingénieur télécom qui m’ont montré un papier de la direction me demandant de leur trouver un bureau (si possible aussi prestigieux que le mien !!!) dans des locaux par ailleurs exigus et du jour au lendemain ils m’ont expliqué comment on allait s’y prendre.
On a commencé à revendre à nos confrères moins courageux ou moins actifs des parties de crédit que nous avions consentis moyennant commission ; ils étaient ravis d’avoir de quoi se mettre sous la dent sans grand effort commercial et nous nous engrangions une commission qui ne consommait pas de fonds propres (voir plus haut). Ce marché s’est développé très rapidement si bien qu’on a fini par avoir tous plus ou moins les mêmes clients.
Quelques temps après les successeurs de deux têtes d’œuf sont venus avec des idées nouvelles : on allait vendre « au marché » nos crédits. Ce fût une période assez agréable. Le travail consistait à faire la publicité de nos clients auprès des investisseurs : voyages à l’étranger, grands hôtels pour ce que l’on appelait les roadshows. Et hop ! Des commissions « d’arrangeurs » – qui rappelons-le ne consomment pas de fonds propres –
Puis ce fut le nec plus ultra : la titrisation : on rassemblait tous nos crédits de même nature (et de toutes natures, hypothécaires, auto, à la consommation même !) on faisait la fortune des cabinets d’avocats d’affaires qui nous ficelaient de beaux contrats, et hop dans le marché !
Bref le jeu ( sic) n’a plus consisté qu’à engranger des crédits pour le refiler au plus vite à plus courageux mais surtout plus avides encore que nous.
Car c’est là qu’entre en jeu le second dogme : RSI toujours supérieur à 15% ! Sans cela point d’acquéreur ! Mais pour atteindre cette sacro-sainte cible il fallait des emprunteurs décidés à payer cher le crédit initial. Les meilleures entreprises s’étaient désendettées entre temps alors on est allé à la chasse aux crédits de plus en plus risqués et on a découvert l’idée selon laquelle beaucoup de petits crédits risqués étaient moins dangereux qu’un seul gros crédit de bonne tenue. Voilà comment on en est arrivé aux « subprimes ».
Je vous ferai grâce de toutes les sophistications qui ont pu germer dans la tête de matheux qui n’ont jamais rencontré un véritable emprunteur, car ces messieurs s’échangent le produit de leurs élucubrations surtout entre eux. Dérivés, arbitrage, hedging, (moi, en maths ça m’a toujours barbé !).
Et voilà pourquoi vos économies se sont (momentanément, je croise les doigts) volatilisées !
Ne soyez pas tellement inquiets : les entreprises annoncent leurs résultats de 2007 à la chaine : tous sont bons, certains excellents … L’économie réelle ne va pas si mal qu’on le croit, les cours remonteront sous peu, on oubliera les menaces de récession dans 6 mois.
Les placements boursiers doivent se regarder avec un sacré recul!




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