la crise: je persiste et signe!

Boom rechute aujourd'hui. Pas étonnant: dès que les cours reprennent un tant soit peu, les hedges funds, les traders collés et les spéculateurs de tous poils se précipitent pour se faire des liquidités dont ils manquent chaque jour un peu plus en vendant à tour de bras. Si les grandes banques suivent les instructions qu'elles ont reçues des pouvoirs publics, elles ne vont pas franchement se précipiter à prêter à ces acteurs des marchés - enfin pendant un certain temps et dans la mesure où les chutes de ces fonds d'investissements ne leur seront pas trop dommageable. Or il y a des milliers de milliards de dollars dans le circuit, alors avant que les tuyaux soient purgés.... on n'a pas fini de voir les marchés faire les montagnes russes!

Pendant ce temps-là la valeur des entreprises cotées n'a plus de sens. Un exemple caricatural (que vous pouvez contrôler sur Boursier.com ). Voil une société dont le cours de bourse est égal au dividende qui sera distribué! Sa valeur bousière est inférieure à ses liquidités! Encore un exemple: Carrefour vaut en bourse aujourd'hui un peu moins de 19 milliards or rien que ses immeubles et sa trésorerie en valent plus de 20! Et si vous vous intéressez à la chose prenez le temps d'éplucher les cours et faites le calcul. En tout cas je peux vous dire que Warren Buffet lui s'en donne à cœur joie.

Or rappelez-vous je critiquais il n'y a pas longtemps la pratique du "mark to market" qui oblige les entrepises - et les banques en particulier-  à inscrire leurs participations à leur cours de bourse! On marche sur la tête!

 

Il faut démissionner Nicole El Karaoui

Les marchés ont l'air de prendre un petit répit, alors profitons-en pour aller un peu plus loin que les médias traditionnels ( enfin ceux que je lis !).

La crise financière a pour origine, nous a t'on dit, la baisse des prix de l'immobilier et la remontée des taux aux USA qui ont grippé le système de financement mis en place pour permettre à des ménages impécunieux d'accéder à la propriété. L'occurence simultanée de ces deux événements a transformé les "produits financiers" qui permettaient au système de fonctionner en produits pourris, viraux. Comme les banques, hedges funds, investisseurs institutionnels s'en étaient gavés en raison de leur forte rentabilité, le monde de la finance s'est réveillé brusquement avec des bilans vérolés jusqu'à la moelle.

Dont acte. 

Mais je voudrais attirer l'attention de mes honorables lecteurs sur ce que je considère comme l'une des racines plus profonde quoique moins médiatisée de l'infortune des établissements financiers.

Je veux parler des "Quants" et de celle qui les a fabriqués. Qui sont les "Quants"? Ce sont de très brillants jeunes gens formés par Nicole El Karaoui. Les banques se les arrach(ai)ent. Pour en savoir un peu plus sur ces docteurs Nimbus de la Finance lisez l'article ici. Car ce sont eux qui ont conçu ces fameux produits dérivés qui ont servi à refinancer les crédits "subprimes" en particulier.

Or normalement il ne devait pas y avoir de problème puisque justement les travaux de Nicole El Karaoui et ses enseignements ( facturés 10.000€ l'an) ont pour but affiché de réduire le risque pris par les investisseurs sur les marchés. On peut lire dans un très instructif article du Monde du 16 mai 2006 (que je ne peux mettre en lien car il s'agit d'une archive en PDF):

Elle modélise le mouvement des actions dans le futur, pour diminuer le risque pris par les investisseurs. Des modèles purement mathématiques, qui ne prennent pas en compte le contexte économique, grâce au calcul différentiel stochastique.Aussi beau qu’une sonate.

On a plutôt envie d'écrire: "triste comme un Requiem"! Vous vous rendez compte!  Prétendre créer, gérer, dénouer des produits de marché sans prendre en compte le contexte économique!

Il n'est pas besoin d'avoir fait Polytechnique comme madame El Karaoui pour comprendre où le bât blesse!  Lorsque l'on ambitionne de gérer les mouvements de marché en ne prenant pas en compte le contexte économique il n'est pas anormal de se faire prendre en écharpe par ce dernier. Certains ont voulu dire ces temps derniers que l'expression "économie virtuelle" n'a pas de sens! Bon ça les regarde!

Il se trouve que j'étais assez concerné par ces élucubrations lorsque j'étais en poste en Corée au moment de la crise asiatique ( 1996/97) car nous avions commencé à utiliser les mathématiques financières (balbutiantes il est vrai ). Bien sûr ce n'étaient pas des quants qui les utilisaient mais il n'empêche que j'ai constaté que nous n'utilisions pas les modèles totalement: nous resserrions les bornes des variations de cours ou bien nous négligions les scénarios qui nous semblaient "déraisonnables". Et surtout, nous les managers, nous ne comprenions que le principe de ces modèles mathématiques pas leur détail. En même temps quand ça a soufflé très fort, on a pris des décisions "à l'ancienne", en tenant vachement compte du contexte économique et on s'en est sorti sans trop de bobo!

Alors qui doit démissionner? Charles Milhaud? . Peut-être pas! Je serais moins tolérant avec Richard Fuld qu'avec Charles Milhaud parce qu'il avait clairement plus conscience de ce qu'il faisait. Mais en tout cas il faut demander des comptes à Nicole El Karaoui et dégrader les quants en leur proposant une mutation aux archives!

Sauf qu' écrire, dire cela n'est pas, pour un politique, à la hauteur de la situation!On ne va quand même pas donner en pature à la presse une universitaire qui fait la réputation de la France dans le monde de la finance internationale et dont personne ne comprend les travaux! Allez expliquer ça au 20 heures!

Heureusement un jour peut-être on aura une meilleure connaissance des théories de Daniel Kahneman Prix Nobel d'économie  en 2002 qui fondent l'économie comportementaliste en laquelle je serais enclin à faire plus confiance car justement elle réintroduit les comportements humains dans les modèles économiques : est-ce vraiement trop demander?