Du nouveau au sujet du soldat Kerviel
J’écrivais avant-hier que « je suis convaincu que Jérôme Kerviel paye une facture qu’il n’est pas le seul à avoir souscrite ». Peu sinon pas d’informations étaient parues au moment où j’écrivais ces mots. Depuis on en sait un peu plus (je dois ce lien à un fidèle ami Vincent-Paul Toccoli qui tient également un blog qui mérite souvent le détour).
Qu’apprend-on dans cet article apparemment parfaitement informé? Ce qu’est la vie quotidienne des traders : toujours à la chasse de « lignes » autrement dit d’autorisations de leurs responsables pour engager des fonds. Que leur appréciation - et leurs énormes bonus - dépend de leur « Profit & Loss » lequel est décortiqué presque quotidiennement. Que la surveillance de leurs écritures de contrepartie est loin d’être parfaite. Je rajouterais volontiers que le back office qui est chargé de vérifier ces écritures est souvent coincé entre la rigueur qu’exige la règle et la nécessité de ne pas faire obstacle à l’accumulation de profit, donc coincé entre une partie de la hiérarchie qui est sensée « veiller au grain » - généralement peu considérée parce que moins brillante – et une autre chargée de développer le business – les golden boys – respectée et enviée à cause de leurs bonus à faire rêver même un Président de la République Française !
Je fais amende honorable d’une accusation, semble t’il sans fondement, dans mon billet d’avant-hier par laquelle j’instillais le soupçon d’une cellule ad hoc créée pour récupérer les pertes de la SocGen sur les « subprimes ». Rien dans les déclarations de Jérôme Kerviel ne vient étayer cette hypothèse. Et pourtant je reste persuadé que ses responsables et leurs propres supérieurs hiérarchiques étaient … , disons…, nerveux en fin d’année. Tous savaient que le résultat de la SocGen serait lourdement affecté par les provisions à passer sur les « subprimes » et que s’ils voulaient avoir leurs bonus fallait générer des profits ailleurs. Cela explique que les tolérances, indispensables dans ce métier et que pratiquent toutes les banques, sont devenues plus grandes, que les contrôles ont été effectués moins scrupuleusement, qu’on a du renvoyer les gens du back office à leurs contrôles plus souvent avec des explications douteuses dont ils n’étaient eux-mêmes pas dupes. Mais tant que ça gagne, on rejoue !
Ces considérations me confirment dans l’idée que c’est toute une chaine de commandement qui est impliquée dans l’affaire et le maillon le plus haut au premier chef. Daniel Bouton ne suivait pas les opérations de marché au jour le jour, mais c’est lui qui impulse la politique de management et à ce titre il est à mon avis responsable de la perte. D’autant plus responsable que le dénouement des positions a été fait en catastrophe et que cette décision-là il l’a avalisée.
Je serai partisan qu’il partage ses indemnités de licenciement avec Jérôme Kerviel dont la carrière et l’équilibre psychologique sont brisés à tout jamais.
Il ne va pas faire très bon dans les salles de marché du monde entier pendant quelques temps ! Il faudra assurer les profits mais ne pas franchir les lignes blanches qui ont déjà du être repeintes de frais ! Sans compter les sauveurs de victoires qui vont en rajouter plusieurs couches trouvant là un bon moyen d’évacuer le fiel de leur frustration de n’avoir jamais été dans les plus gros bonus !


