Cela peut intéresser Monsieur Bouton
Certaines newsletters ne manquent pas d'à-propos, même involontairement!
Je pense que ce lien vers celle de l'Entreprise.com intéressera - malheureusement a posteriori- Daniel Bouton. Sans ironie.
Certaines newsletters ne manquent pas d'à-propos, même involontairement!
Je pense que ce lien vers celle de l'Entreprise.com intéressera - malheureusement a posteriori- Daniel Bouton. Sans ironie.
J’écrivais avant-hier que « je suis convaincu que Jérôme Kerviel paye une facture qu’il n’est pas le seul à avoir souscrite ». Peu sinon pas d’informations étaient parues au moment où j’écrivais ces mots. Depuis on en sait un peu plus (je dois ce lien à un fidèle ami Vincent-Paul Toccoli qui tient également un blog qui mérite souvent le détour).
Qu’apprend-on dans cet article apparemment parfaitement informé? Ce qu’est la vie quotidienne des traders : toujours à la chasse de « lignes » autrement dit d’autorisations de leurs responsables pour engager des fonds. Que leur appréciation - et leurs énormes bonus - dépend de leur « Profit & Loss » lequel est décortiqué presque quotidiennement. Que la surveillance de leurs écritures de contrepartie est loin d’être parfaite. Je rajouterais volontiers que le back office qui est chargé de vérifier ces écritures est souvent coincé entre la rigueur qu’exige la règle et la nécessité de ne pas faire obstacle à l’accumulation de profit, donc coincé entre une partie de la hiérarchie qui est sensée « veiller au grain » - généralement peu considérée parce que moins brillante – et une autre chargée de développer le business – les golden boys – respectée et enviée à cause de leurs bonus à faire rêver même un Président de la République Française !
Je fais amende honorable d’une accusation, semble t’il sans fondement, dans mon billet d’avant-hier par laquelle j’instillais le soupçon d’une cellule ad hoc créée pour récupérer les pertes de la SocGen sur les « subprimes ». Rien dans les déclarations de Jérôme Kerviel ne vient étayer cette hypothèse. Et pourtant je reste persuadé que ses responsables et leurs propres supérieurs hiérarchiques étaient … , disons…, nerveux en fin d’année. Tous savaient que le résultat de la SocGen serait lourdement affecté par les provisions à passer sur les « subprimes » et que s’ils voulaient avoir leurs bonus fallait générer des profits ailleurs. Cela explique que les tolérances, indispensables dans ce métier et que pratiquent toutes les banques, sont devenues plus grandes, que les contrôles ont été effectués moins scrupuleusement, qu’on a du renvoyer les gens du back office à leurs contrôles plus souvent avec des explications douteuses dont ils n’étaient eux-mêmes pas dupes. Mais tant que ça gagne, on rejoue !
Ces considérations me confirment dans l’idée que c’est toute une chaine de commandement qui est impliquée dans l’affaire et le maillon le plus haut au premier chef. Daniel Bouton ne suivait pas les opérations de marché au jour le jour, mais c’est lui qui impulse la politique de management et à ce titre il est à mon avis responsable de la perte. D’autant plus responsable que le dénouement des positions a été fait en catastrophe et que cette décision-là il l’a avalisée.
Je serai partisan qu’il partage ses indemnités de licenciement avec Jérôme Kerviel dont la carrière et l’équilibre psychologique sont brisés à tout jamais.
Il ne va pas faire très bon dans les salles de marché du monde entier pendant quelques temps ! Il faudra assurer les profits mais ne pas franchir les lignes blanches qui ont déjà du être repeintes de frais ! Sans compter les sauveurs de victoires qui vont en rajouter plusieurs couches trouvant là un bon moyen d’évacuer le fiel de leur frustration de n’avoir jamais été dans les plus gros bonus !Comme suite à mon billet précédent, je vais donner mon avis sur l’affaire de la Société Générale. Pourquoi un pauvre type employé par cette banque est-il sur la sellette ? Je suis convaincu que ce jeune homme (31 ans !) paye une facture qu’il n’est pas le seul à avoir souscrite. Je crois que l’explication est beaucoup plus triviale que cela.
La Société Générale, grosse employeuse de polytechniciens, a (avait) la réputation de plus grande banque mondiale en matière de produits dérivés. Je crois également que les 2 milliards € qu’elle avoue avoir perdus dans les « subprimes » impliquent des engagements considérablement plus importants dont on ne sait pas encore à l'heure actuelle s'il faudra ou non les provisionner. Or presque tout le monde sait que l’explosion de cette bulle était prévue par les initiés depuis le printemps dernier. Comment se refaire avant la publication des comptes 2007? En mettant le paquet sur les autres produits dérivés et en prenant des « risques de marché » (qu’il est bien plus facile de sortir des ratios Cooke que les crédits « normaux » voir billet précédent).
Bon, mais un malheur n’arrivant jamais seul, les modèles mathématiques utilisés pour « dompter » ces risques sont calés sur des variations potentielles de marché certes importantes mais qui ont été dépassées allégrement ces temps derniers ou tellement rapprochées qu'elles n'étaient que mal prises en compte par ces modèles. Le processus est devenu incontrôlable, tous les parachutes se sont mis en torche : plus la Société Générale vendait pour retrouver de la liquidité, plus elle faisait baisser les cours, plus les modèles mathématiques déclenchaient de nouveaux ordres de vente !
Comment faire pour s’en sortir ? Comme au poker : quitter la table ! Reconnaître que l’on a perdu. Mais là encore reconnaître que l’on a perdu lorsqu’on est N°1 ça peut entrainer d’autres catastrophes, surtout pour les grands dirigeants ! Je crains que dans les réunions de crise ils aient eu hypocritement le souci de l’actionnaire comme refrain n’osant pas avouer que c’était leur peau qui les inquiétait.
En effet que croyez-vous ? Lorsqu’on panique on accumule les erreurs. Je parie sur l’hypothèse suivante : Jérôme Kerviel faisait partie d’une cellule crée spécialement pour « récupérer » les pertes, cellule que l’on a du monter dans la plus grande discrétion et qui devait agir « en contrebande » de la maison-mère. Mais boom patatras les autorités de marché, les confrères sentent que ça fume quelque part, les « agents spéciaux » prennent peur, alors on reporte la responsabilité sur un lampiste et on l’accuse de fraude, c’est ennuyeux mais moins grave que l’accusation d’incompétence d'une "haute direction"…..
Je crois me souvenir qu'au moment de la bataille SocGen/BNP pour le contrôle de Paribas, on a dit que ce qui a fait échouer l'option SocGen -pourtant favorisée par le personnel et les marchés - ce fût la bataille personnelle entre Andre Lévy-Lang et Daniel Bouton pour savoir qui serait le chef de l'ensemble.
Vraiment je n'ai aucune information privilégiée et je ne fais qu'élucubrer dans mon petit coin mais mon petit doigt me dit que je ne suis sûrement pas loin de la vérité.
J’en rage même si je sais que cela ne sert à rien mais la semaine dernière j’avais écrit un long (comme le plus souvent) billet sur la crise des marchés financiers. Il contenait – sans que je puisse évidemment le savoir – tous les ingrédients qui, DE MON POINT DE VUE, ont probablement épicé la sauce au piment de Cayenne (espérons que le trader en cause n’y sera pas envoyé) que l’on a renversée sur l’affaire de la Société Générale (dont je traiterai dans le prochain billet). Un petit génie des montagnes m’a fait commettre une erreur de débutant qui a effacé ce texte.
Mais revenons sur ce que j’écrivais. En gros je disais que les secousses qui affolent les marchés n’avaient que peu à voir avec la situation économique mondiale. Certes on craint une récession aux États-Unis, mais cette situation n’est pas franchement inédite souvenons-nous de l’avant et de l’après « 9/11 » moins d’un an après on n’en parlait plus. Certes le baril a franchi les 100$ ; mais il est actuellement autour de 88/90$ le baril (tiens au fait messieurs les pompistes faudrait voir à réagir !). Certes, certes… Ah mais bien sûr ! Les « subprimes » ! Voilà les coupables !
Eh bien au risque de passer pour un cuistre, je prétends que les causes profondes de la crise des marchés des premiers jours de 2008 prennent leurs racines dans deux dogmes beaucoup plus anciens et qui ont été édictés dans un louable souci de prudence pour le premier (mais on le sait : l’enfer est pavé de bonnes intentions si l’on en croit le proverbe dont l’origine est attribuée à Saint Bernard comme le savent tous les castellarois) et un souci moins louable de rentabilité pour le second.
Le premier dogme est celui du Ratio Cooke consécutif aux premiers accords de Bâle ; il a été renforcé par le ratio McDonough lors de Bâle II . Ces ratios ont pour effet entre autres de déterminer la quantité nécessaire de fonds propres qu’une banque doit posséder lorsqu’elle consent tel ou tel crédit.
Le second dogme est celui du retour sur investissement (RSI en français ROI en anglais) « cible » de 15% sur la fixation duquel je n’ai jamais trouvé de justification scientifiquement étayée et qui est pourtant le motif d’un nombre incalculable de décisions de management.
Point n’est besoin d’avoir fait HEC pour comprendre le lien entre les deux : chaque fois qu’une banque fait une opération, elle doit pour satisfaire ses actionnaires réaliser un RSI de 15% minimum.
Comme c’est relativement difficile pour bon nombre d’opérations courantes il faut impérativement trouver les moyens de faire plus sur d’autres. Et c’est là que je mêle mon expérience personnelle seule justification de ce que j’écris.
J’ai dirigé de nombreuses succursales ou filiales d’une grande banque d’affaires. Au début de ma carrière j’étais un besogneux, le nez toujours enfoui dans des bilans et surtout des comptes d’exploitation et lorsque je le levais c’était pour visiter des fabriques de yaourts, des élevages de poussins d’un jour, des usines de siège pour auto, de réacteurs d’avion, de téléviseurs et même des chantiers naval gigantesques… Pour consentir un crédit ou faire une opération sophistiquée ça demandait donc beaucoup de temps. Un jour j’ai vu débarquer un jeune polytechnicien accompagné d’un ingénieur télécom qui m’ont montré un papier de la direction me demandant de leur trouver un bureau (si possible aussi prestigieux que le mien !!!) dans des locaux par ailleurs exigus et du jour au lendemain ils m’ont expliqué comment on allait s’y prendre.
On a commencé à revendre à nos confrères moins courageux ou moins actifs des parties de crédit que nous avions consentis moyennant commission ; ils étaient ravis d’avoir de quoi se mettre sous la dent sans grand effort commercial et nous nous engrangions une commission qui ne consommait pas de fonds propres (voir plus haut). Ce marché s’est développé très rapidement si bien qu’on a fini par avoir tous plus ou moins les mêmes clients.
Quelques temps après les successeurs de deux têtes d’œuf sont venus avec des idées nouvelles : on allait vendre « au marché » nos crédits. Ce fût une période assez agréable. Le travail consistait à faire la publicité de nos clients auprès des investisseurs : voyages à l’étranger, grands hôtels pour ce que l’on appelait les roadshows. Et hop ! Des commissions « d’arrangeurs » – qui rappelons-le ne consomment pas de fonds propres –
Puis ce fut le nec plus ultra : la titrisation : on rassemblait tous nos crédits de même nature (et de toutes natures, hypothécaires, auto, à la consommation même !) on faisait la fortune des cabinets d’avocats d’affaires qui nous ficelaient de beaux contrats, et hop dans le marché !
Bref le jeu ( sic) n’a plus consisté qu’à engranger des crédits pour le refiler au plus vite à plus courageux mais surtout plus avides encore que nous.
Car c’est là qu’entre en jeu le second dogme : RSI toujours supérieur à 15% ! Sans cela point d’acquéreur ! Mais pour atteindre cette sacro-sainte cible il fallait des emprunteurs décidés à payer cher le crédit initial. Les meilleures entreprises s’étaient désendettées entre temps alors on est allé à la chasse aux crédits de plus en plus risqués et on a découvert l’idée selon laquelle beaucoup de petits crédits risqués étaient moins dangereux qu’un seul gros crédit de bonne tenue. Voilà comment on en est arrivé aux « subprimes ».
Je vous ferai grâce de toutes les sophistications qui ont pu germer dans la tête de matheux qui n’ont jamais rencontré un véritable emprunteur, car ces messieurs s’échangent le produit de leurs élucubrations surtout entre eux. Dérivés, arbitrage, hedging, (moi, en maths ça m’a toujours barbé !).
Et voilà pourquoi vos économies se sont (momentanément, je croise les doigts) volatilisées !
Ne soyez pas tellement inquiets : les entreprises annoncent leurs résultats de 2007 à la chaine : tous sont bons, certains excellents … L’économie réelle ne va pas si mal qu’on le croit, les cours remonteront sous peu, on oubliera les menaces de récession dans 6 mois.
Les placements boursiers doivent se regarder avec un sacré recul!
Bon je me plaignais jusqu'en décembre parce que vraiment tout était trop sec. Mais depuis une dizaine de jours on a rattrappé le déficit! Il paraît qu'on a reçu sur le rable autant d'eau en une semaine qu'en dix mois habituellement. Les bénéfices de cet épisode sont nombreux: une végétation qui va reprendre sa luxuriance, des oliviers qui auront probablement de belles olives contrairement à l'an passé, des forages qui se seront regarnis et un certain nombre d'autres conséquences positives auxquelles je ne pense même pas sur le moment. Alors évidemment puisque l'équilibre est la nature profonde des choses de la vie il y a des contreparties apparemment moins favorables et en particulier les éboulements. L'autoroute a été coupée, la voie ferrée également presque une journée,et mon chemin était dans un triste état. Pendant deux jours j'ai du, pelle et brouette en main, le dégager, mais hier ce fût le comble, le mur de la ruine que j'aimais bien parce qu'il me faisait rêver à des temps anciens où il y avait sûrement une autre petite maison sur mon terrain s'est effondré dans un grand grondement vers 16 heures. Bon, à vista de naze, trois ou quatre mètres cubes de grosses pierres de fondation ont décidé de ne plus signifier le temps qui passe, de ne plus témoigner d'un passé qu'elles devaient trouver maintenant suranné et se sont répandues sur le chemin. Tant qu'à faire, en une sorte de baroud ( un baroud est toujours d'honneur!), elles se sont arrangées pour que je ne puisse plus circuler du tout, cherchant vraisemblablement à me faire payer un peu de ma personne. Beau joueur, je m'y suis attaqué immédiatement toujours armé de ma pelle et de ma brouette, mais en deux heures de boulot hier soir et deux autres ce matin je n'avais débarrasé qu'un petit cinquième de l'éboulement, alors je me suis résolu à appeler à l'aide.
Sympa, l'entreprise Stella Franco qui travaillait pas loin est venue me donner un coup de main. En une heure ils ont rangé les blocs que je compte bien réutiliser. L'un conduisait le petit bull comme s'il jouait , l'autre remuait les blocs comme seul un colosse peut le faire. Deux ouvriers charmants (je vous les recommande).
Regardez:
Le type les mains sur les hanches c'est moi! Le colosse c'est l'autre!
Le Paganini du bull c'est lui: