Il va bien falloir se rendre à l’évidence : la France n’est plus celle que les poncifs, surtout médiatiques mais également des dîners en ville ou des rodomontades devant les machines à café, continuent de reproduire de plus en plus mal.

Ce vieux pays, comme l’avait dit avec faconde le précédent Premier Ministre qui aurait du retrouver ses chères études il y a déjà bien longtemps, a senti qu’il avait atteint le fond de la piscine. Son instinct de survie lui a donné le ressort nécessaire à son changement.

Doit-on pour autant en attribuer tout le mérite à Nicolas Sarkozy ? Bien sûr que non car son succès n’est que la conséquence d’un moment sociologique. Il ya quelques années, voire quelques mois, il fût arrivé trop tôt. « The right man at the right place » mais il faudrait ajouter « at the right time ».

Ceux qui sont confrontés à la lourde tâche de manager le savent et ceux qui les accompagne encore plus: rien n’est pire que d’avoir raison trop tôt. Qu’il s’agisse d’un produit trop novateur, d’une réforme de structure trop anticipatrice, d’une prévision iconoclaste et pourtant pertinente, le corps social les rejettera d’emblée. C’est la règle : le changement ne se décrète pas, il ne se force pas, il faut savoir sentir lorsqu’il devient inéluctable. Certes on peut mettre en place des dispositifs qui accélèrent le processus – et c’est un des talents des leaders – mais c’est de l’adhésion dont on a besoin, ce qui est bien différent de l’action de convaincre.

Parce qu’il s’agit donc d’une aspiration profonde du pays à voir bouger les choses, il n’est pas besoin d’être grand clerc pour prédire un franc succès aux candidats aux législatives qui s’engouffreront dans le sillage du Président. Quels qu’ils soient, vieux briscards façon godillots, jeunes loups inexpérimentés, petits potentats locaux ou parachutés de la dernière heure, ils seront élus. L’argument développé par l’opposition  - enfin même pas car il n’y a plus d’opposition il n’y a que des battus - est une illusion. Les français ne se préoccupent pas d’un équilibre des pouvoirs ; ou plus exactement ce n’est pas à l’opposition telle qu’elle se présente qu’ils entendent confier cette tâche.

Ils croient fermement qu’une fenêtre d’opportunité s’est ouverte et ils veulent simplement respirer un air nouveau.

C’est là que Nicolas Sarkozy est attendu. Son challenge est de ne pas décevoir cette attente.

Situation exaltante mais ô combien périlleuse ! Pour lui mais aussi pour notre pays car s’il est dangereux d’avoir raison trop tôt il est peut-être encore plus dangereux de décevoir des attentes que l’on a soi-même suscitées ou sur lesquelles on a surfé.

Peu importe que la dette de la France en prenne encore un coup, peu importe que l’égalité soit légèrement chiffonnée, peu importe qu’un certain confort du quotidien soit bousculé, si le pays se remet en mouvement. Mais si ce n’est pas le cas ….

Je suis cependant optimiste justement parce que je crois que le désir d’évoluer de notre pays est profondément ancré dans le corps social et que l’élection de Nicolas Sarkozy en est une conséquence plus qu’une cause.

Alors allons-y !