Nous sommes à deux jours du second tour. C'est le moment de se décider alors je vais y aller de mon analyse personnelle et de mes recommandations de vote.
Je crois qu'il faut tenter de se démarquer d'une part de ce que nous rabâchent les grands médias et d'autre part des pugilats de la blogosphère.
Si donc on prend un angle de vue différent on peut constater un changement profond de la donne politique et trois nouvelles stratégies menées différemment .
Le changement de la donne se caractérise par le déplacement du lieu de clivage gauche/droite traditionnel.
Nicolas Sarkozy assume ses positions politiques. Aucun de ses prédécesseurs dans ce camp ne l'avait fait aussi clairement et surtout pas Jacques Chirac qui - on a pu malheureusement le constater aux dépens de tous - était un radical bon teint positionné à droite parce que c'était là où se trouvait le manche lorsqu'il est entré en politique. Balladur non plus n'était pas si clairement à droite, lui qui, en étant le théoricien de la cohabitation, a brouillé les cartes et ainsi contribué à l'accumulation du retard pris par notre pays dans sa modernisation. Je crois qu'on fait à Nicolas un bien mauvais procès lorsqu'on le raille sur sa volonté de rupture et qu'on lui fait exagérément porter le chapeau de ce qui n'a pas été fait par le gouvernement auquel il appartenait. Il n'est pas encore loin le temps où les journaux écrits et télévisés se régalaient des passes d'armes entre lui et ses "collègues" mais surtout avec Jacques Chirac. C'est du reste en tenant cette posture qu'il a réussi à siphonner les voix du Front National. J'avoue ne pas comprendre les attaques dont il est l'objet à ce sujet ... , mais ce serait une autre histoire, quoique cela contribue clairement au changement dont je parle.
Ségolène Royal a fait son holdup sur les électeurs traditionnels du Parti Socialiste en partant d'une position somme toute similaire et en réalisant le hiatus qui engluait le PS dans des "ancrages" à gauche alors que son électorat évoluait vers des positions plus social-démocrates.
Cet éclatement du clivage traditionnel s'est vu confirmé par le succès de François Bayrou.
Certes clivage il y a, mais il ne passe plus par les lignes de fractures traditionnelles. Le front a changé de place et beaucoup de troupes ont le sentiment de se retrouver dans les lignes jadis ennemies; c'est le grand drame d'un bon nombre de ceux qui ont voté Bayrou et de socialistes qui se sentent floués par Ségolène Royal.
Le premier (chronologiquement) a avoir mis sur pied une véritable stratégie de conquête de l'Elysée est Nicolas Sarkozy. Il est parti très tôt dans la campagne ( trop tôt disaient certains), il a conquis l'UMP et s'est présenté à la manœuvre avec armes et bagages et une feuille de route claire: mobiliser la droite sur des thèmes de droite.
Ségolène Royal a eu une intuition que je soupçonne être née des déchirements du PS lors du référendum sur la Constitution européenne. Son but alors ne fût pas directement la Présidence de la République tant elle ne pouvait être assurée de son adoubement à la candidature. Mais elle jouait sur un terrain qu'elle connaissait bien et on connait la suite. Sauf qu'elle a laissé des forces dans cette bataille au contraire de Nicolas Sarkozy. Qui plus est si elle a bel et bien été investie par le PS, elle ne l'a pas conquis, loin s'en faut; ni même au-delà de l'appareil du parti les électeurs traditionnels de la gauche. Mais surtout elle se trouve désemparée face à un objectif qu'elle ne s'était pas suffisamment préparée à atteindre. D'où les flous dont elle abuse, les grands écarts entre Laguiller et Bayrou qu'elle s'impose et qui la ridiculisent en la rendant même ingrate vis à vis des pauvres Voynet ou Bové qui pourtant lui ont sauté dans les bras en espérant un petit strapontin aux législatives. Elle se précipite vers Bayrou, mais c'est trop tard, bien trop tard, que n'a t'elle pas écouté Rocard!
Le troisième larron a avoir développé une stratégie innovante est François Bayrou. Il a bien senti l'évolution dans l'électorat. Il a parfaitement anticipé le déplacement du front et cela lui a valu contre toute attente ( car ne faisons pas les malins maintenant : personne ne le créditait de ses 6 millions d'électeurs il y a encore seulement six mois) d'avoir maintenant voix au chapitre. Son drame c'est qu'il était à la fois indispensable dans le paysage politique en cours de reconstitution et voué mécaniquement à sa troisième place en raison de la lenteur du déplacement des lignes politiques. Toutes ses troupes potentielles ne sont pas encore à leur place. Je prends le pari (sans risque, c'est vrai) que contre n'importe quel éléphant du PS il était au second tour! Il est en quelque sorte victime de Ségolène Royal et pourtant condamné à s'entendre avec elle..., à moins que!
Quelles autres conclusions tirer de ces constatations?
Que la France ne s'intéresse plus à la "gauche" traditionnelle et encore moins à "la gauche de la gauche". C'est tant mieux car ces éternels donneurs de leçons et pleureurs professionnels ont été des boutefeux irresponsables pendant trop d'années et qui en se trompant de combat ont trompé trop de gens.
Que l'ancienne gauche est désormais devenue social-démocrate mais qu'elle n'ose pas encore se le dire. Dommage! Car on a besoin de ses idées pour progresser.
Alors que voter dimanche? Surement pas pour Ségolène Royal: elle n'est pas prête pour une telle responsabilité et surtout elle ne représente pas encore à elle seule un courant suffisamment homogène pour conduire les réformes indispensables dont nous avons besoin. En effet après avoir glosé sur l'impossibilité politique de Bayrou à former un gouvernement, que dire d'une Ségolène Royal qui lui devrait son élection!
Non, la raison conduit à voter Nicolas Sarkozy.
Sauf que, sans penser à un "troisième tour" façon revanche, il faut aussi se mobiliser dès à présent pour les législatives et souhaiter alors l'émergence d'un parti social-démocrate qui enverra aux oubliettes de l'Histoire à la fois la droite et la gauche du XXème siècle pour laisser place à une tendance libérale face à une tendance "social-démocrate" dans un climat politique enfin clair et apaisé pour le siècle nouveau. Pour arriver à ce résultat il est souhaitable que le PS s'effondre. Et ce n'est pas exclu! Car soit Ségolène Royal ayant perdu , ce sont les vieilles barbes du parti qui conduiront la campagne et les électeurs leur ont montré qu'ils n'en veulent plus, soit elle n'est battue que d'une courte tête et elle voudra garder son leadership pour dans 5 ans et alors l'alliance avec Bayrou devenue indispensable se fera au détriment des "éléphants" et sur la frange centriste de l'électorat.
S'il en va ainsi nous pourrons .... partir en vacances sereins et rassurés d'avoir réformé les structures politiques de notre pays pour lui permettre d'affronter efficacement les énormes défis de sa nécessaire modernisation sans avoir a envisager un couteux et suicidaire référendum sur les institutions.
Un dernier mot: l'appel à la rue qui tente Ségolène Royal en cas de victoire de Nicolas Sarkozy est sordide. Il ne gênera comme d'habitude que les plus démunis en profitant à la partie la plus conservatrice de la population.