François BAYROU aura au moins eu , dans cette campagne, le mérite de bousculer un ordre trop précipitamment établi à la fois par les intéressés et les médias qui auraient tant aimé faire leur élection entre eux. Mais qu'on l'apprécie ou pas force est de reconnaître que François BAYROU interpelle.
Un excellent post de Pierre BILGER a le mérite me semble t'il de bien poser les problèmes et
LE problème: François BAYROU aura t'il les moyens de sa politique dans le paysage politique français actuel? Autrement posé: aura t'il les moyens de mobiliser des majorités qui soutiendront ses projets à l'Assemblée?
C'est une excellente question mais je me demande si elle est si bien posée que ça.
En effet il est assez symptomatique de remarquer que l'une des attaques favorites de l'opposition parlementaire actuelle contre le représentant de l'UMP est celle de savoir pourquoi, alors qu'il était au pouvoir, il n'a pas mis en route des projets qu'il présente comme essentiels aujourd'hui. Or cette question est biaisée car la réponse est évidente: parce que l'opposition a tout fait pour qu'ils ne "passent" pas. Et cela peut même s'appliquer à des réformes que l'opposition a mis aujourd'hui à son menu en n'en changeant que la sauce.
Le meilleur exemple est la continuation de la réforme des retraites entamée par Edouard BALLADUR et qui a fait chuter Alain JUPPE en lançant dans la rue des centaines de milliers de manifestants conduisant au désastre que l'ont sait et repoussant d'une décade une réforme à laquelle ont n'échappera pas et qui n'a été que partiellement reprise par François FILLON.
En effet dans notre pays l'opposition parlementaire ne se résout pas à la sanction des urnes et utilise ses relais dans les syndicats notamment pour faire échouer des réformes proposées par la majorité qui après tout a été élue pour ça.
Ainsi je pense que François BAYROU devrait ne pas hésiter à développer ce raisonnement pour démontrer que cet argument qui lui est actuellement opposé n'en est pas véritablement un.
De fait, un gouvernement d'union, prendra plus facilement à contre-pied les blocs parlementaires tentés par une lecture partisane des projets de réforme.
Il est à craindre un grand inconfort pour le Premier Ministre, mais à se féliciter de prédire un Président de la République alors véritablement dans son rôle d'arbitre et d'inspirateur de la politique du gouvernement. Nous ne sommes encore pas dans un régime complètement présidentiel même si les pratiques des précédents et de l'actuel Président le feraient trop facilement oublier.
Il me semble même qu'il sera plus difficile l'opposition qui naîtra de l'élection présidentielle ( de quelque bord qu'elle soit) de se comporter comme elle l'a toujours fait en mobilisant des forces disons "hors-politique" qui en France ne sont pas suffisamment structurées et/ou représentatives pour être des interlocuteurs responsables et non pas sectaires; les syndicats en sont le meilleur exemple.
Pour autant je ne crois pas que le "centrisme" soit vraiment une force politique actuellement car notre histoire politque des cinquante dernières années a contribué à l'éliminer. En revanche on ne peut le condamner pour le simple argument d'arithmétique parlementaire. Les hommes politiques sont suffisamment versatiles pour lui retrouver des attraits subits.
Par ailleurs , sauf si le soufflet François BAYROU cuit trop tôt - nous sommes encore à deux mois du premier tour - s'effondre avant que les invités ne le dégustent comme ce fût un peu le cas de Jean-Pierre CHEVENEMENT en 2002, le nouvel élu ne pourra pas faire l'impasse sur les 12 à 15 % de ses électeurs du premier tour, et les législatives qui suivront le lui rappelleront en dépit de toutes les cuisines électorales car à la différence de celle du Front National, la veste d'uniforme UDF ne fera pas peur à ceux que le printemps incitera à en changer!
Bon mais peut-être que je ne suis pas un fin politique parce que je n'ai pas encore entendu François BAYROU tenir le raisonnement ci-dessus.