On reprend le collier
Lassitude? Sûrement. Cela permet du reste de réfléchir sur le phénomène des blogs.
Mais là n'est pas la question.
Je reprends le collier parce que la campagne pour l'élection présidentielle entre dans une phase plus active et certainement plus cruciale.
Peu à peu l'opinion de ceux qui ne sont pas encartés dans un parti politique (les plus nombreux - et de très loin - de mes compatriotes) va devoir se former et enfin se cristalliser sur un choix.
Ai-je vraiment envie de contribuer à ce choix? Dans une certaine mesure oui car je crois être en situation. Je me sens assez libre, j'ai cette chance de ne pas être trop directement concerné par un enjeu quelconque, si ce n'est, et encore dans une mesure qui me laisse un peu de lucidité, par l'avenir des retraites.
Alors allons-y!
Il y a quelques semaines mon opinion sur Ségolène Roayl était bonne. Elle me semblait avoir été d'une habileté de bonne augure pour un futur chef de pays dans sa façon de circonvenir les gens de gauche. Bien joué!
Mais voilà qu'aussitôt lancée sur un territoire plus vaste que les limites d'un parti politique, elle accumule les preuves qu'elle n'est pas "au niveau":
1/ Des voyages à l'étranger dont le seul but est qu'il faut se donner une stature internationale l'ont confrontée à des questions qu'elle ne maîtrise absolument pas -et plus grave - ses conseillers non plus! Je connais assez bien les us et coutumes asiatiques sinon chinoises: il y a des bourdes que l'on n'a pas le droit de faire même sous le couvert de la naïveté ( naïveté qui pour un futur chef d'état n'est pas une qualité). Embrasser comme du bon pain un dignitaire chinois? C'est du même acabit que de cracher dans la rue en France ou roter dans un dîner mondain. Ne parlons pas des déclarations d'autant plus intempestives sur le système judiciaire chinois que la défense des droits de l'Homme dans ce pays est d'abord un problème culturel et sociologique avant d'être juridique. Mais reportez-vous à vos commentateurs patentés habituels pour une liste plus fournie des bévues de Ségolène.
2/ Une obstination à ne pas entrer dans le débat qui a été une stratégie gagnante pour la conquête de l'investiture mais qui doit impérativement être revue pour la conquête de la Présidence. La persévérance est dans ce cas de figure "diabolicum". Elle sait désormais qu'elle a amassé un capital de sympathie auprès d'un nombre suffisant d'électeurs, nul besoin de persister.
Bref elle a su devenir candidate, elle ne sait plus comment devenir Présidente.
Exit Ségolène.
Alors Nicolas Sarkozy? Eh bien on va le voir à l'oeuvre maintenant. En effet jusqu'à présent il avait à peu de choses près la même problématique que Ségolène Royal : se faire adouber par un parti. Ségolène a rusé, il est passé en force. La seule chose qui m'ait intéressé dans ses propos après son intronisation fut son couplet sur la liberté qu'il demandait à ses militants, d'aller parler et de séduire des électeurs qui ne soient pas de son camp a priori. Comment va t'il s'y prendre? Devra t'il donner tellement de gages qu'il sera pieds et poings liés après son éventuelle élection comme le furent avant lui les trois quarts des hommes politiques majeurs depuis Pompidou. Va t'il parier que ce ne sera pas nécessaire pour lui de ratisser trop large tant il va devenir patent que Ségolène Royal peut s'effondrer rapidement? Peut-il parier que Jean-Marie Le Pen lui apportera au second tour - volens nolens - les voix dont il aura besoin? Doit-il entamer de secrètes et délicates transactions avec François Bayrou pour que les coups de ce dernier soient plus ouvertement dirigés contre Ségolène Royal que contre lui?
Bref va t'il se conduire en politique avisé ou bien sera t'il déjà ivre du pouvoir ? En effet je n'ai pas tellement peur de cette ivresse lorsqu'il sera au pouvoir mais avant car le désir et sa pression étant tellement intenses c'est dans cette phase que le sang-froid fait le plus défaut.
François Bayrou m'est sympathique. Son combat est difficile et il le mène dans l'honneur pour l'instant. Pour l'instant ... Sauf que j'entends dire ici ou là qu'il croit vraiment qu'il peut gagner cette élection et au lieu de me conforter dans la confiance par une espèce de transfert de cette dite confiance, cela m'inquiète car il se coupe tous les ponts qui lui permettraient de faire passer ses idées. Or ce qui me semble important en politique est bien de faire aboutir ses convictions plus encore que de prendre le pouvoir: pouvoir "sur" qui est l'ultime tentation, la damnation des politiques alors que leur salut - et le notre!- passe par le pouvoir "pour".
Les autres candidats me font de la peine au mieux ou m'agacent. Je trouve irrespectueux de se servir des tribunes qu'offre l'occasion des élections pour tenter d'exister et de se maintenir à la tête d'organisations souvent inutiles au vrai débat politique et même plus ou moins nuisibles . On pourrait croire que c'est finalement une bonne méthode pour permettre à des idées "différentes" de s'exprimer; de fait c'est une supercherie dont les premières victimes sont les gens qui croient en ces idées avec sincérité et qui ainsi sont instrumentalisés par des appartchiks plus ou moins honnêtes. Je serais même tenté d'y inclure ce bon monsieur Hulot au risque de me faire écharper par la quasi totalité de mes compatriotes qui - comme moi - pensent que le combat pour l'écologie est absolument vital pour l'humanité. Mais , bon, je crois qu'il va se retirer de la compétition ayant fait son oeuvre et même très bien fait.
Voilà pour une première impression! Soyons attentifs aux idées portées par les uns et les autres. Ce sera difficile tant les médias font tout ce qu'ils peuvent pour éviter d'en parler car peu de journalistes sont suffisamment compétents pour organiser et diriger un débat d'idées, alors ils préfèrent parler des personnes, analyser grossièrement leurs comportements et faire "du café du commerce".



