Un peu d'histoire et de sorcellerie
Or donc le dit Girolamo tombe éperdument amoureux d'une servante des Lascaris, seigneurs de l'endroit. Elle se nomme Teodorina.
Le dossier des archives du diocèse de Vintimille nous renseigne avec un grand luxe de détails sur la force des sentiments qui les unissaient et surtout des preuves qu'ils s'en donnaient, mais comme ce n'est pas l'objet de ce blog que de vous raconter les effusions de tendresse des deux amoureux, je vous conseille de vous rendre directement au diocèse pour consulter le dites archives.
Advint ce qui devait advenir: la belle est enceinte, le jeune curé, conscient de ses responsabilités lui remet un petit viatique (six ducatons et cents deniers!) et la renvoie chez ses parents à Savona où elle mettra au monde une fille appelée Margarita que, peut-être pour ne pas la confondre avec une sorte de pizza?, on baptisera ensuite Virginia. Teodora revînt au village quelques temps après et bien sûr fût l'objet d'incessants quolibets que son amoureux , bien que toujours curé mais aussi toujours amoureux, ne tolérait pas. Pour ce motif il corrigea à coups de pied, de poings et de bâton le jeune Teodoro Lascaris qui s'en plaignit à son père Onorato Lascaris, lequel porta l'affaire devant le supérieur de Girolamo, l'évêque de Nice. Un procès eut lieu et parmi les témoins à charge on amèna une certaine Peirinetta Raibaudo.
Or parallèlement "in ilo temporae" comme on disait... l'Eglise pratiquait l'amalgame entre les grandes hérésies ( religieuses) et la petite hérésie ( la sorcellerie) qu'on définit pour l'époque comme
un système de pensée capable d'apporter des solutions aux problèmes quotidiens et comme une culture minoritaire ayant des caractéristiques communes: la prépondérance de l'élément féminin, la liberté sexuelle, le contrôle de la santé et surtout de la procréation à partir de pratiques définies ensuite comme magiques mais consistant en fait en d'antiques connaissances de la nature.
Peut-on penser que ce qui suit eût un quelconque lien avec ce qui précède mais il se trouva qu'un certain Bernardo Pastor , natif de Castellar, eût à se plaindre de Peirinetta Raibaudo. Imaginez-vous qu'en rentrant de son champ, voyant la porte de Peirinetta ouverte, ce qui était insolite en ces temps, il jeta un oeil dans la maison et y vit un chat noir en haut d'un escalier et Peirinetta .... nue! Or en rentrant chez lui ...... il vit le chat noir en haut de son escalier à lui!!! Non mais, étrange, hein? Surtout que quelques jours plus tard Peirinetta porta à la femme de Bernardo une tourte qu'elle lui offrit en disant à l'épouse que "s'il voulait quoique ce soit d'elle le jour où il l'avait vue nue il n'avait qu'à le demander". Il n'en fallait pas davantage pour imaginer quels ingrédients magiques devaient se trouver dans la tourte. Bernardo, qui se trouvait dans une position fort inconfortable à l'endroit de sa femme au sujet de ses réelles intentions envers Peirinetta, n'eût d'autre alternative que d'accuser la dite Peirinetta de sorcellerie.
Je vous fais grâce des minutes du procès en sorcellerie qui s'ensuivit mais elles montrent une femme qui n'a pas sa langue dans sa poche, s'est créée bien des inimitiés et se qualifie elle-même d'idiote mais dénie toute connaissance en sorcellerie.
Si donc je vous fais grace des minutes du procès je ne peux passer sous silence que l'on y note que
Bartolomeo Ferrario, un temoin explique qu'il a rencontré à Carnolès la fille de la Calfetta, une sorcière avérée, qui lui a raconté comment sa mère se rendait au sabbat grâce à un bâton et que Peirinetta est connue pour avoir des relations avec la Calfetta .....alors vous pensez bien que le doute n'était plus permis!
Peirinetta resta quelques années en prison puis
Le 16 novembre 1623 elle mourût des mains de la justice étranglée comme sorcière, et son corps fût brûlé devant la porte de l'église Saint Antoine dans le pré du sieur Giovanni-Antonio de Muris. Le curé de l'époque porta sur les registres: c'était une pauvre folleC'est elle, la sorcière, que l'on brûle traditionnellement à Castellar lors des fêtes de la Saint-Jean....
Rappelez-vous : Peirinetta avait été témoin à charge dans l'affaire du jeune curé ....On ne sait pas quelles étaient les relations de Bernardo avec Girolamo ou avec les Lascaris ou même Teodorina
A méditer calmement!
Si Christophe Hondelatte veut repasser dans le coin!!! Et vous voir quelques photos de la Saint-Jean dans la galerie éponyme...A votre bon coeur!.



